“Lettre n°4”

&

Paris, le xxx

Coucou ma Juliette,

Trop fier ! Tu as trait une vache toute seule ! Je ne l’ai jamais fait, tu sais. Et t’as raconté l’histoire de Diabou n’dao à tout le monde (sauf à moi, mais je viens la semaine prochaine, j’ai hâte que tu me la racontes ! 😉

J’aimerai bien t’emmener en Afrique quand tu seras plus grande, tu es encore trop petite, même si tu sais comment botter les fesses du tigre.

Alors tu voulais que je te parle un peu de mon travail, t’en es vraiment sûr ?

Alors c’est parti, bienvenue jeune Juliette, dans mon entreprise, je vais te faire faire d’abords un tour du propriétaire tout t’expliquer, mais ne t’inquiète pas, ca sera à ma manière. Si tu ne comprends pas, il y aura des cours de rattrapage en sautant sur le trampoline, on retient mieux ! 😉

Campus

Je travaille dans un ensemble de grandes tours en verre qu’on appelle le campus.

Dès qu’on rentre dans l’enceinte, nous n’avons plus besoin de sortir. Nous restons enfermé là de 9h à 18h, en fait plutôt 19h car Boss (c’est mon patron, un peu comme ta maitresse) il a l’œil, il veille, il regarde tout ceux qui partent avant 18h et le lendemain, il leur donne une tonne de boulot !!

Alors avec les copains, on s’organise ! Nous nous cachons pendant la journée et on part en trainant la jambe à 19h. Boss pense qu’on est surchargé de travail, et du coup tout le monde est content. C’est comme ça dans le monde de l’entreprise, il faut savoir s’adapter, faire semblant des fois.

Notre campus, c’est immense ! C’est comme un grand village; nous avons quatre restaurants, deux boulangeries, une épicerie, un pressing, un terrain de football, une piscine olympique, une bibliothèque (enfin, il paraît !), un bowling, une discothèque, une salle de jeux, une patinoire, non, je rigole pour la patinoire mais il y a une grande forêt.

On a même notre mac do à nous et deux baby foot.

L’heure du déjeuner, c’est super important, c’est notre moment à nous. C’est notre moment de liberté. Avec les collègues, on se raconte tout ce qui s’est passé dans la matinée, nos projets, nos interlocuteurs (les râleurs qui travaillent avec nous ou qui nous cassent les pieds au bout du fil), on peut râler ensemble sur Boss.

Dès fois, toute la matinée, j’attends juste ce moment pour respirer un peu.

On a plein de choix, on peut aller à la pizzeria, à la sandwicherie ou s’installer dans un des quatre restaurants. Il y a le restaurant des radins, comme dirait mon collègue cochon, ce n’est vraiment pas cher, mais ce n’est vraiment pas bon, dès fois, le gout est vraiment très étrange.

Je ne suis pas sûr que tout soit comestible à vrai dire.

Il y a aussi le restaurant des stars. Je t’emmènerai manger là-bas quand tu viendras me voir. C’est le restaurant où l’on va quand on se fait inviter par nos fournisseurs. Il est super bon, mais c’est très très cher. Chaque bouchée, c’est un délice mais le porte-monnaie s’en souvient. Nous sommes même servis à table par un serveur.

Avec les collègues, nous alternons entre les deux autres restaurants mais ils sont souvent pleins, alors on reste des heures à faire la queue et Boss peste, râle parce que nous restons des heures en pause déjeuner.

Le campus est tellement grand que pour faire le tour, nous utilisons des vélos ou une trottinette électrique. Comme ça quand Boss se met en pétard, nous partons nous cacher à l’autre bout du campus. Dès fois, nous organisons des chasses aux trésors, des cache-cache géant avec les collègues.

Nous travaillons dans quatre tours. Moi, je travaille à la tour Nord et le grand grand chef, celui qui dirige Tout, il est au dernier étage de la tour Sud. Ce n’est pas compliqué, il a privatisé le dernier étage (personne n’a le droit d’y aller même pas Boss), il a fait installer un studio de musique, un spa, un hammam avec un complexe de massage, une chambre avec trois lits, des canapés en cuir.

En fait, il a tout sauf un bureau c’est bizarre mais il n’en a pas besoin, il n’a pas besoin de travailler, il a trop d’argent et puis on est là nous pour travailler. Et en plus il ne vient jamais, il paraît. Ca doit être vraiment super d’être grand chef, j’aimerai bien aller y faire un tour dans son bureau pour profiter du hammam et du jacuzzi.

Les chefs disent qu’il a beaucoup plus d’argent que sa famille, ses enfants, les enfants de ses enfants, les enfants de ses petits enfants ne pourront dépenser de toute leur vie. Tu te rends compte, ma Juliette, même s’ils achètent des Porsche, des Ferrari, des villa avec piscines tous les jours. Ca fait un tas d’euros, ça en tout cas, mais il ne nous en donne pas beaucoup. Il est radin un peu comme Picsou.

Le grand grand Chef s’est installé dans la tour Sud à cause de la vue et parce qu’il voulait voir le soleil depuis son bureau. D’ailleurs, son surnom en interne c’est le soleil. C’est vrai ma Juliette, d’ailleurs lorsqu’un chef le voit, il baisse les yeux. Je suis sur que c’est pour ne pas être ébloui.

Nous, on préfère l’appeler météo, parce qu’il fait la pluie et le beau temps et c’est souvent gris voire très nuageux ces dernier temps.

Bon dans une entreprise c’est très simple, c’est comme le jeu 1,2,3 soleil, le but c’est de se rapprocher du soleil (du grand chef) afin de gratter un peu d’argent à chaque fois mais il ne faut surtout pas se faire attraper sinon c’est la tour Nord. (C’est comme quand au Monopoly, tu retournes en prison sans toucher les vingt milles).

(On est tous des gratteurs dans l’entreprise, c’est une compétence essentielle pour survivre ici.) Enfin quand tu es dans la tour du Nord, le but c’est de se rapprocher de la tour Sud, soit par l’ouest ou mieux par l’est (comme une course d’orientation). Tu vois, il faut que je m’entraine avec toi à un deux trois soleil parce que sinon je finirai ma vie à la tour Nord sans voir le soleil.

T’as vu finalement, un campus, c’est comme un village.

Je te laisse ma Juliette. Boss, il n’est pas là aujourd’hui, avec les collègues, on a décidé de regarder un film dans l’auditorium, yallllahh !!

La prochaine fois, je te présenterai ma tribu.

Je t’embrasse ma Juliette

Cresto ton Parrain

About the author

cresto

Passionné d'écriture et de théâtre, je fourmille de projets littéraires.

Add comment

By cresto

cresto

Passionné d'écriture et de théâtre, je fourmille de projets littéraires.

Pour rester en contact

Intéressé pour partager des projets artistiques théâtrales et littéraires